Ma foi et ma spiritualité. 

 

Sandia Karima

« Bien que née et ayant grandi dans une famille de confession musulmane sunnites d'origine chafeites, je me suis lancée dans une quête d’élargissement de mes connaissances à travers des recueils philosophiques, sociologiques et théologiques, plutôt que de me positionner dans l’acceptation et  l’observance stricte de ma religion.

Afin de mieux comprendre les enseignements et de percevoir toutes les interactions possibles avec l’ensemble de l’environnement spirituel, je me suis orientée et concentrée sur différents écrits et symboles plus concrets.

Après m'être beaucoup interrogée sur le sens de l'existence du bien et du mal et l'image que l'on donne des religions, j'ai fini par être convaincue que l'humanité est confrontée à un ensemble de phénomènes complexes et considérables, m’imposant l’idée d’une absolue nécessité de coexistence. Je m'attache à des valeurs morales tout en ne me détournant pas de ma foi originelle. Et j'évite de matérialiser les choses dans mes rapports à l'autre. 
 
Ma conception de la religion

Les croyances religieuses représentent pour moi un sujet primordial.

Confrontée très jeune aux règles imposées par la religion, j’en porte encore les stigmates. J’ai été contrainte, par mon père et sa famille à porter l’hidjab pendant une grande partie de mon enfance, de 7 à 17 ans.

Vous pouvez imaginer le calvaire d’une petite fille qui ne comprend pas l’intérêt d’être voilée, et, de plus, dans un pays où il fait très chaud.

Aux Comores, à 7 ans,  on passe immédiatement de l’enfance à l’âge adulte. 
Même si aujourd’hui je respecte les rituels musulmans, je ne me sens pas à l’aise dans cette confession religieuse.

J’aime écouter les psaumes bibliques, d’autant plus que je suis passionnée par l’histoire de la vierge Marie.

Je crois en un Dieu unique, contrairement à la religion boudhiste hindouiste qui en reconnaît plusieurs.

J’ai foi en Dieu, j’aime beaucoup prier mais je ne comprends absolument rien des récitations du Coran car je ne maîtrise pas la langue arabe.

La diversité de mes sources, liée à la diversité de mes origines, maintiennent en moi une certaine confusion.

Je continue à chercher ma voie religieuse. Je pourrais en emprunter plusieurs en parallèle.

Mais je commence à m’interroger sérieusement sur les fondements de l’islam et ses bonnes vertus qui vous enferment de façon coercitive dans des pratiques et des comportements contraires à la liberté et à la plénitude ressentie dans une foi consentie et une révélation inspirée par Dieu.

Comme l’évoque très bien Boris Cyrulnik : “On rencontre Dieu comme on a appris à aimer“ "la messe était belle comme un opéra. Je trouvais cela très beau, mais Dieu ne m’a pas donné rendez-vous."
 
Les rites de l’Islam sont dotés d’une grande complexité et inadaptés à la vie réelle. Comment concilier vie active et prières multiples musulmanes. Comment accepter toutes ces interdictions et brimades ?
 
C’est pourquoi un des pans de ma vision de la religion est de privilégier le concret par rapport à la métaphysique. A travers mon comportement, au jour le jour dans l’empathie et l’acceptation des différences, je pense apporter aux autres et à moi-même une élévation qui peut tendre vers le bonheur.

À mon avis il faut savoir rester optimiste, sincère, authentique et accessible. Passer par une communication fluide et factuelle c’est déjà un bon début et permet de positiver les relations.

Dans le cas par exemple de mes interventions bénévoles auprès des personnes vulnérables à cause des problèmes de santé ou par la précarité j’ai su  affronter la situation dans sa réalité d’une façon sincère.  

Je me suis dis que Ce n’est pas parce quelqu’un va mourir qu’il faut mettre de la gravité là dedans c’est toujours mieux de relativiser et ainsi désamorcer la crise.

Je pense que De part une partie de mes origines hindoues cela m’a facilité cet approche, surtout que Personnellement je crois en la réa carnation et aux quatre lois spirituelles hindoues . 

Cependant, Supposons qu’on a qu’un seule vie , que comptons nous en faire ?

Il faut à mon avis oser lire, écrire, apprendre et aussi désapprendre comme je le pense « Aussi bas que l'on puisse sombrer il y a toujours le bien et le mal et on finit par choisir. On emprunte un chemin en essayant d'être en accord avec soi-même ou un autre, on tourne en rond, on et meurt et on ne le sait pas.🙏🏿🙏🏿🙏🏿 »

Alors, qu’est-ce que ce qui m’aide à tenir avoir cette vision très large de la foi ?

Le fait d’avoir une vie intérieure et spirituelle et de pouvoir ainsi prendre du recul ?

Nombreux sont ceux qui n’acceptent « le vivre ensemble » au sein d’une population cosmopolite qu’à partir du moment où ils se positionnent en donneurs de leçons ou en experts de savoirs, le plus souvent de façon arrogante en se cachant derrière des enseignements et des pratiques religieuses infligeantes! C’est vraiment dommage. 

En effet, le monde change, et certains refusent l'évolution de la société  parce qu’ils se basent sur des textes issus de livres dits saints datant d'une époque très antique et différente de celle d’aujourd’hui.

Or il suffit d’avoir foi en l’amour inconditionnel pour son prochain pour véhiculer le savoir être et le savoir-faire. En effet, pour moi 

"Le véritable amour n'est pas d'aimer l'autre pour ce qu'il est mais plutôt de l'aimer pour ce que l'on devient  grâce à lui.

C’est cela le sens de la vie. Nous sommes avant tout des êtres d’évolutions avec des tempéraments différents mais très complémentaires comme l’enseigne un sage la vérité totale se manifeste à partir du moment où on chemine l’un vers l’autre vers  et se traduit par le symbole de la plaine lune (c’est à dire quand les deux croissants convergent l’un vers l’autre) l’idée de nous amener aller vers une vérité qui se construit dans le cadre d’un dialogue sincère et d’évolutions.

Même si c’est normal que dans les différentes religions on trouves des divergences d’approches plus au moins accentuées par exemple de ce que nous renvoie l’islam radical d’aujourd’hui ou personnellement je ne me retrouve pas.

Dans ces contradictions des religions d’une manière générale. 

En outre,  j’adhère beaucoup à la philosophie chinoise.

Dans le symbole du Ying et du Yang qui sont deux catégories complémentaires, que l’on peut retrouver dans tous les aspects de la vie et de l’univers.

De ce concept, je pense que Cette notion de complémentarité est objective surtout comme le souligne la pensée orientale qui estime que c’est une dualité mais sous forme de complémentarité.

La réalisation de cet objectif ambitieux demande un travail permanent car il n’est pas facile de trouver le juste équilibre entre la partie spirituelle et un comportement adéquat dans le quotidien.

Cette quête, très exigeante, demande un dépassement de soi. Je le cultive sans cesse.

Par ailleurs, il me semble que personne ne détient avec certitude la vérité totale. 

Effectivement, je constate qu’une recherche éperdue de l'absolu dans la spiritualité peut être aussi nocive dans la mesure où elle est inaccessible aux communs des mortels .

De plus, je pense dans ce genre de quête,  l’individu peut être amené à plus ou moins subir l’influence de certaines personnes mal intentionnées car on peut perdre lien avec le concret et le rationnel.

C’est ce qui explique en partie le développement des sectes et le fait que de nombreuses personnes, apparemment censées vendent leur âme au diable.

Il faut fuir « ces gourous », qui, sous des abords séduisants, veulent nous insuffler des idées négatives, voire sulfureuses et mortifères.
 
C'est tout un cheminement.... Il suffit de peu pour glisser dans les impasses.... Il faut savoir trouver les portes de sortie. 
 
La droiture, la tolérance, le respect, le partage, et l’amour de mon prochain sont mes principes de référence.

Je m'identifie comme étant une personne spirituelle, sans pour autant me focaliser sur une religion particulière et je fais de mon mieux pour ne pas écarter ce qu’il y a de mieux dans chacune des religions.

Mais je suis consciente aussi que la lecture des écrits fondamentaux de la religion est très subjective et peut conduire à des orientations différentes.

En se réclamant des différentes religions, les plus belles choses ont été réalisées, les plus belles preuves d’amour ont été données et les plus grands massacres ont été perpétrés.

Je pense que chaque religion à sa vérité et la spiritualité est en quête permanente de sa véracité.

Je suis intriguée de voir à quel point nous nous interrogeons souvent sur ce qui se passe après la mort, sans pour autant accorder de l'importance à ce qui se passe dans nos vies et, sans même nous interroger sur ce que nous étions avant de naître. 

En Occident, certains ont des difficultés à manifester leurs émotions lors d’évènements douloureux notamment la mort, les maladies, les traumatismes comme si ces situations étaient abstraites et, semble-t-il, ont des difficultés à faire le deuil des disparus qui leur sont proches, à cause de ce déni.

Cette « absence apparente » de souffrance me questionne vraiment. 

Cela montre aussi la grande différence entre l’expression du ressenti et des sentiments selon les cultures.

Pour moi, peu importe qu’il y ait ou pas une vie après la mort, cela ne m’effraie pas. En revanche, je serais plus sereine si je pouvais m’assurer de partir en laissant derrière moi une situation claire, transparente, et une image positive de moi-même et de mes actions.

J’ai peur quelquefois de ce que je vais devoir rendre compte dans l'au-delà. Je veux éviter les représailles de mon créateur !

Je suis donc déterminée à faire le maximum pour répandre le bien autour de moi afin de pouvoir faire « ma part de colibri ».

J’ai choisi cette expression car elle vient d’une légende amérindienne que je vais vous conter et qui a été ensuite reprise pour le titre d’un livre de Pierre Rhabi que j’apprécie énormément
 
« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »
 
Plutôt que de ne rien faire face aux problèmes environnementaux, sociaux ou économiques actuels parce que l’on se sent impuissant ou que l’on pense que la solution doit venir des autres, on peut agir avec ses compétences, à son échelle…

Et même si pris isolément nos actes semblent dérisoires, c’est grâce à la somme de ces petites actions individuelles, ces comportements de colibris que les choses changent. Cette légende peut aussi se rapprocher de cette citation de Gandhi :

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ! »

J’applique ce que nous apprend cette légende !

Mes voyages humanitaires en sont un exemple.

J’ai la foi. Mais en aucun cas, je ne veux me soumettre à un dogme religieux, d’autant plus qu’un dogme se veut fort et influent. Le dogme ne favorise pas le bien-être commun. Il peut n’être que domination et endoctrinement si détourné de sa fonction initiale de ligne directrice.

Penser ainsi, ce n'est pas du Blasphème c'est tout simplement de la prévention, du bon sens. Il ne faut pas confondre religion, secte et fanatisme.
Il ne faut pas laisser certaines religions engendrer des déviations jusqu’à la barbarie.

Dans l'absolu il me semble judicieux de  débarrasser la religion de toutes  les interférences qui pourraient créer des vibrations négatives susceptibles à terme d’étouffer les saines vertus de la croyance religieuse et de la doctrine théologique.

Pour éviter de me laisser emporter vers ces déviations radicales, j'ai transformé ma confession religieuse en une vie spirituelle se définissant comme étant une foi en la compassion et en la résilience. C’est cela mon moteur !

La compassion, car je suis naturellement tournée vers les autres. Proche du soufisme, « bouddhisme laïque », je cherche à travers mes prières à soulager la souffrance du monde qui m’est insupportable. 

La résilience, car c’est la capacité à renaître après un traumatisme, à réussir et à se développer en dépit de l’adversité et c’est sur ce point que j’ai travaillé tout au cours de ma vie.

Le chemin  fut long et parsemé d’embuches ; Il m'a fallu d’ailleurs beaucoup de volonté et une analyse très approfondie de ma personnalité pour être enfin en paix avec moi-même.

Une fois cette sérénité trouvée en mon for intérieur j’ai pu m’attacher à essayer de transmettre cette bienveillance autour de moi.

Ce don spirituel, je le dois avant tout à ma défunte mère. C'est une vraie bénédiction du ciel !

Aujourd'hui je ne fais que partager certains acquis émanant de ses enseignements  afin que d'autres puissent, eux aussi, à leur tour transmettre leurs connaissances!

Mes enfants en bénéficient logiquement à leur tour et j'espère qu'ils feront un jour la même chose. Je préfère laisser à mes enfants cet héritage d’humanisme plutôt que des biens matériels. Etre plutôt qu’Avoir !

En outre, tout en restant dans ma quête de spiritualité, j'essaie de garder le lien avec le réel et donc d'être tout simplement  à l'écoute de mon entourage proche qui peut compter sur moi en cas de difficultés.

J’ouvre mon cœur.

Au-delà des bouleversements qui secouent le monde entier, je reste convaincue que l’amour peut gagner du terrain.

A la simple évocation du notre créateur, l'évidence s'impose : nous sommes tous reliés, avec comme seul langage commun, celui d’un cœur rempli de compassion.

En effet, je ressens  avant tout un profond besoin d'être connecté : aux autres, au monde, à la nature et à mes  émotions tant positives que négatives.

Plusieurs paramètres peuvent motiver mes élans spirituels tels que la quête de la sérénité, la notion d'interdépendance, la compassion et le sentiment d'appartenance à la terre.

Chaque matin, à mon réveil, et la nuit avant de me coucher, je prends un grand verre d'eau, je respire pour mieux gérer la pression. Et ensuite, je prends un temps de méditation pour ouvrir tout grand mon cœur.

Pour affronter le monde contemporain, que j'estime souvent agressif, matérialiste, et en souffrance, j’essaie de m’imposer cette discipline, cette sorte de comportement rituel vis-à-vis de moi et des autres, en me relaxant, en pensant qu'il n'y a pas de coupure entre soi et le monde et surtout en acceptant ma propre souffrance.

À ce jour si je devais définir et nommer mes peurs ce serait, par ordre de grandeur, la peur de finir ma vie seule, la peur du non-respect de mon intimité par les autres, la peur des  catastrophes naturelles, la peur de vivre dans mon ombre, sans m’occuper des autres et enfin la peur de sombrer dans la dépression à cause d’échecs et de la solitude jusqu’à faire un burn-out dont je ne sortirai pas indemne.

La spiritualité est le chemin et le seul qui pour moi conduit à la paix intérieure.

Entre prières et méditations actives, je cultive ma croyance en une vie équilibrée entre le spirituel et le service d'une cause humanitaire auprès des personnes déshéritées et vulnérables ici ou ailleurs.

En effet, j'ai opté, depuis maintenant plus de 24 ans, pour mener des actions humanitaires à titre bénévole, dans un cadre d’autofinancement complet à titre individuel ou au sein d’une organisation. 

Sandia Karima et des Talibés

Dans cette organisation, je m'occupe plus particulièrement de l'insertion socioprofessionnelle, de l'entraide et de l'accompagnement socio-éducatif des orphelins, veuves, seniors mais surtout des enfants des rues les «  talibés ».

Au sens étymologique du terme, un « talibé » est un élève ou un disciple apprenant le Coran.

Le talibé est généralement un garçon âgé de 5 à 15 ans, issu d'une famille pauvre, confié par ses parents à un maître coranique ou marabout afin que celui-ci se charge de son éducation religieuse.

Cette éducation a lieu dans «un daara», une école coranique.

En contrepartie, le talibé doit s'acquitter des travaux domestiques, et est généralement contraint à mendier dans les rues afin de subvenir à ses besoins et aux besoins de son maître et de sa famille.

La majorité des talibés vivent dans des conditions très précaires. Ils sont logés en surnombre dans des maisons délabrées où l’accès à l’eau, l’électricité, la santé et la nourriture est souvent difficile.

Les sévices corporels sont courants. Il arrive fréquemment que les enfants soient sévèrement battus par leur maître parce qu'ils n'ont pas ramené la somme d’argent fixée par ce dernier, et bien entendu compte tenu de mes moyens limités, je leur propose des aides ponctuelles en lien avec des besoins vitaux de première nécessité tout en en mettant en avant les capacités et les potentiels de chacun.  

J’essaye de  renforcer l'équipe  des bénévoles en faisant appel à toutes les compétences afin de garantir une meilleure prise en charge de toutes ces détresses et de donner si possible des formations adéquates qui pourraient sortir définitivement ces gens de la grande misère dans laquelle ils sont plongés, en particulier les enfants.

Sandia Karima

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